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28/10/2012

Que dire après "La nuit du chasseur" ?

Il y a quelques jours, dans mon collège, eut lieu une petite cérémonie à la mémoire d'un membre du personnel mort l'an dernier après une longue maladie - un cancer. C'était une femme blonde, imposante, je ne peux pas dire qu'elle m'ait paru douce (je ne l'ai pas même connue au long d'une année scolaire), gentille et dure à la fois, plutôt. Disons exigeante.

Donc il y avait cette cérémonie, pour cette femme que je n'ai pas entendu se plaindre une seule fois, dont j'aurais pu ne jamais savoir avant sa mort qu'elle était très malade, si on ne me l'avait plus ou moins dit un jour au détour d'une conversation. Et même j'aurais pu ne pas savoir qu'elle savait qu'elle allait bientôt mourir.

Et pendant cette cérémonie où plusieurs collègues ont pris la parole pour lire "leur" texte d'hommage, en pleurant comme cette femme n'avait jamais devant aucun de nous pleuré, pendant toute la cérémonie je me disais qu'il y avait une chose, une seule, qui devait être dite. Et cette chose n'a pas été dite. Et moi qui connaissais peu cette femme pour qui un arbre était planté - car j'espère que c'est pour elle qu'il était planté -, moi non plus je n'ai pas dit ces quelques mots réclamés par le silence, en rémission du bavardage et des pleurs.

A un moment de la cérémonie, une jeune fille qui était, qui est, la fille d'une collègue que je n'apprécie pas trop, que je trouve bigote, cette jeune fille a joué un air à la flûte traversière. Elle était étrangement digne parmi nous cette petite, jouant cet air très beau qu'il m'a semblé connaître et quand plus tard je lui ai demandé ce que c'était et qu'elle m'a répondu, j'ai su qu'en effet je le connaissais, cet air : "Je vous ai choisis, je vous ai établis, etc."

Je ne sais pas si c'était exactement ce qui aurait dû être dit pour cette femme morte seule comme parmi nous elle avait, je crois, vécu. Si ce n'est pas exactement cela peu importe car c'était aussi beau.

Voilà tout ce que je peux tenter de dire après avoir vu ce soir "La nuit du chasseur" de Charles Laughton avec Robert Mitchum.

26/10/2012

Pour la conquête et pour servir

"On lâche rien", "On lâchera rien."....

Misère d'entendre ces insanités dans la bouche de syndicalistes. Toute leur gloire est donc là : ne rien lâcher.

Fossoyeurs, charançons, gagne-petits du combat. Nous ne sommes pas venus au monde pour nous contenter de tenir, nous sommes venus pour la conquête et pour servir, avant de crever.

19/10/2012

Le commandement, par Joseph CONRAD

 

« Je m'assis dans le fauteuil du haut bout de la table - le siège du capitaine, au-dessus duquel était suspendu un petit compas répétiteur - rappel muet d'une vigilance incessante.

Une longue suite d'hommes s'étaient assis dans ce fauteuil. Je pris soudain conscience de cette pensée, très nettement, comme si chacun avait laissé un peu de lui-même entre ces quatre cloisons ornementées; comme si une sorte d'âme composite, l'âme du commandement, avait soudain parlé à la mienne, tout bas, de longs jours de mers et de moments anxieux.

"Toi aussi! semblait-elle dire, toi aussi tu goûteras à cette paix et à cette inquiétude dans une intimité attentive avec toi-même - obscur comme nous le fûmes, et tout aussi souverain face à tous les vents et à toutes les mers, dans une immensité qui n'accepte aucune empreinte, ne conserve aucun souvenir, et ne tient pas le compte des vies." »

 

Joseph CONRAD, La Ligne d'ombre, folio classique, p. 95

(traduit de l'anglais par Florence Herbulot)