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21/12/2012

Le combat syndical

La cinquantaine bien tassée - au sens propre -, une moustache grise, le dos large et voûté, sans notes ou presque il fait sa présentation puis répond à nos questions. Certains le vouvoient, d'autres se décident à le tutoyer puis tout le monde finit par dire "tu".

J'aime écouter des responsables syndicaux nationaux, c'est plaisir : belle machinerie, vraiment, cela tient de la machine de guerre et du titan, on se dit qu'avec dix bonshommes ou bonnes femmes de ce bois-là, le Ministère ou le patronat peut aller se rhabiller. Foutaises, bien sûr, car les dix sont là, et plus encore ; et c'est nous qui faisons défaut, assez de nous, en nombre comme en qualité. Trop de failles, trop de faiblesses, il faudra du temps pour atteindre à un tel niveau de perfection. Ce précieux temps dont on fait les victoires ou les défaites.

Le colosse dont je parlais a prononcé ces deux phrases, entre autres :

- "On ne peut pas reprocher à un chef d'établissement d'être intelligent..."

- "Ça compte aussi, une lecture cynique des choses..."

Avant de repartir chez lui ou dans son bahut - il n'y a pas de permanents au SNES, tous jusqu'aux secrétaires nationaux continuent d'enseigner -, pendant qu'il répondait à nos questions, son portable a sonné.

Je crois que c'était sa femme, et nous l'avons vu redevenir un homme, tomber l'armure. Il n'arrivait plus à suivre, à noter les questions, à nous répondre. Il a grogné d'exaspération quand le téléphone a sonné à nouveau, est parvenu à envoyer son texto, avant de revenir à nos questions.

Il avait un regard de gosse, égaré, comme s'il savait que ce pourquoi nous nous battions était absolument nécessaire et absolument dérisoire.

Nous avons repris nos mitraillettes en plastique, nos épées de bois, le combat syndical dont dépendent tant de choses ingrates et sérieuses : la fin des contrats précaires, les rémunérations, les horaires d'enseignements, les conditions d'apprentissage, la pérennité des filières, etc.

Dans la longue salle de réunion, des générations de militants se parlaient, les derniers grognards usés au combat, douloureux et sans illusions avec la relève pleine d’espérances et de failles.

Un autre responsable, plus tard, la gorge en miette et les mains tordues, raconte les temps difficiles, l'exclusion du SNES par la FEN :

- "Je leur ai dit : "Vous pouvez pas nous faire ça, nous jeter ! les collègues, ils vous suivront pas : on va passer de sales moments, ca va être l'enfer toute une année, mais ON va VOUS TUER, vous nous tuerez pas, ON VOUS TUERA. Ils ne voulaient pas croire, mais c'est ÇA qui s'est passé.""

Sa voix avait la douleur de celui qui tue son frère.

Commentaires

très beau et très réaliste, passée par de sales moments lors d'un licenciement de convenance pour mon employeur, j'ai baissé les bras assez vite, il me doit toujours des indemnités dues, mis en demeure de régler par l'inspection du travail, non suivi, c'est le pauvre salarié qui subit

Écrit par : jos | 23/12/2012

Bonsoir Jos,
La lassitude est le meilleur allié des employeurs, hélas. Je vous embrasse et vous dis à bientôt (je viens d'arriver à Brest où je reste quelques jours).

Écrit par : tanguy | 25/12/2012

alors peut être nous verrons Tanguy ? Noël se termine, je souhaite qu'il fut bon pout toi et ta famille je t'embrasse

Écrit par : jos | 25/12/2012

Les syndicats ne représentent pas assez de salariés en France, un peu dans la fonction publique, pratiquement pas dans le privé, et c'est une catastrophe.

Bon courage dans vos luttes quotidiennes.

Écrit par : Julie des Hauts | 25/12/2012

nous avons du mal à défendre nos droits, j'admire certains délégués qui osent un travail titanesque face à plus fort ...de principe

Écrit par : jos | 25/12/2012

Les commentaires sont fermés.