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04/01/2013

Mon catalogue

J'ai écrit beaucoup de poèmes, au gré de mes amours adolescentes - et mon adolescence a été longue. J'ai écrit aussi une nouvelle pour un concours, à la fac,  "La Quatrième vanité" que ça s'appelait. Ensuite j'ai tenu un blogue qui s'appelait "V... b...." pendant plusieurs années. Au début j'écrivais tous les jours et puis vers la fin beaucoup moins. J'ai ouvert une dépendance à "V... b..." pour écrire en silence, je fermais les commentaires - comme Pascal Adam, la classe. Il y a quelques années j'ai écrit aussi un roman, au début ça devait être une nouvelle et puis finalement ça a continué à s'appeler "Seconde vue" mais c'est devenu un roman d'à peu près 200 pages qui m'a permis de me fâcher avec à peu près toute ma famille pendant tout le temps que je m'y suis consacré. Très enrichissant comme expérience. Je l'ai envoyé à quelques maisons, ça ne leur a pas plu et au fond ça ne me plait pas trop non plus. Après ça j'ai écrit un conte qui s'appelait "La dernière aventure de Grégoire Grimard", mais ça s'est transformé en "Le trésor perdu de Grégoire Grimard", avouez que ça change tout. Les trésors ça fait rêver. J'ai rêvé que des éditeurs pourraient être intéressés par ces 30 pages mais tous ceux à qui j'ai envoyé ce conte s'en carraient je crois pas mal. Certains n'ont jamais répondu, ce n'est pas très poli. Une maison m'a rendu le manuscrit sans les dernières pages, les salauds, c'était les meilleures... Je devais écrire onze autres contes, un pour chaque mois de l'année, pour faire une recueil mais je n'ai que les titres, des titres super mais j'ai vraiment la flemme. Après j'ai voulu revenir au roman en me disant que vraiment écrire avec la haine c'est pas mal, efficace en un sens, mais je voulais écrire avec des sentiments un peu plus nobles que le ressentiment, vous comprenez. Alors j'ai commencé "la grève", mais pas la syndicale, la grève de galets. Mais j'crois bien que ça me faisait un peu chier, si vous me passez l'expression, de raconter mon enfance, même romancée. Alors j'ai arrêté, car c’est bien connu, il faut savoir terminer une grève. J'ai pas su terminer, j'ai laissé tomber ce "projet" et je suis passé à rien d'autre. Si de temps en temps je me suis dit, tiens, "Seconde vue" c'est pas si mal pour un premier jet, pourquoi tu le reprendrais pas ? Et vas-y que je m'y recolle, oulala, pas possible d'écrire comem ça, t'avais de la merde dans les yeux ou quoi ? Ca faisait trop de nettoyage, j'avais pas vraiment le dégraissant, j'y refoutais de nouvelles taches. oh d'la merde. Bref comme en plus j'ai fermé mes blogues d’origine, j'en ai bien rouvert un mais j'y écris qu'une fois le temps, ce qui fait qu'en réalité je n'écrivais plus du tout. Et puis à la rentrée j'ai pensé à cette histoire de mariée qui s'est noyée avec sa robe au cours d'un shooting photo au Canada, oh ce n'est pas une histoire, un fait divers en fait, pas même aussi sordide que ne l'avait présenté la presse mais ça tombait bien je voulais pas écrire une nouvelle sordide. J'ai écrit les premières lignes, première phrase impecc': "Elle voulait un souvenir différent." mais dès le deuxième paragraphe, le vif du sujet, les détails concrets etc, je pouvais plus, l'intendance ne suit pas toujours, vous comprenez.

Et puis hier, je crois que c'était hier, ça m'a repris. Allez je vais m'y remettre. Voyons voir, j'ai une épigraphe d'enfer, cette citation de Sir Thomas Browne, la mort, le sommeil, etc, en anglais surtout hein, comme un pro. Alors c'est parti, je reprends cette idée, "L'empreinte", c'est bien ça comme titre. Eh pas "L'empreinte du ciel", c'est déjà fait et c'est vraiment mauvais en prime. Tu te prends pour Connely - le must du polar qu'elle a dit la vendeuse, l'aut' jour, à Dialogues - avec un S ma couille, un dialogue c'est vraiment miteux, on a plus de classe que ça, quand on vend des livres, même à Brest - surtout à Brest, je devrais dire.

Je crache la première phrase : "Je recevrai le baptême d'ici peu, et les péchés de trente ans d'existence me seront remis." Waouw, ça en jette! Continue bonhomme, "mitan" c'est bien ça comme mot, les gens savent même pas que ça existe, ils pensent que tu sais pas écrire "mi-temps", vas-y jette leur ça dans la gueule à ces péquenots. Wowowow! Et des peaux mortes, et des pierres anguleuses, terrible. Foudroyé ton lecteur, avec ça. Vas y envoie la suite. C’est là que vient le must : "l’indifférence des mots", c'tte tuerie! L'indifférence des mots ? J'ai bien lu ? Ah non mais moi quand j'y vais, j'y vais carrément, pas le bout de la queue, jusqu'à la hampe. L'indifférence des mots, blam.

Arrive le moment de se relire.

P't'être pas la peine d'ajouter une telle merde à toute la merde déjà écrite et/ou publiée.

Rideau.

Le catalogue s’arrêtera là pour aujourd’hui. Bonne soirée à tous.

Commentaires

Ecrire sur le fait de ne pas pouvoir écrire, c'est connu, mais c'est déjà ça. "En 1965, les étudiants américains découvraient Tolkien dans l'édition de poche Acebooks."
J'essaierai de m'en souvenir mon camarade. Peut-être qu'il n'y a rien à dire, mais essaie quand même.

Écrit par : fred | 05/01/2013

Je l'aime pas trop ce commentaire de fred ! Il est bien, ton catalogue.

Écrit par : fred | 06/01/2013

Au boulot.

Écrit par : Sophie | 07/01/2013

Doc, c'était l'histoire du gars qui au lieu de s'y mettre va dire partout que ça y est, il va s'y mettre, histoire de reporter un peu ? Ou bien j'ai rien compris ?... Et merci pour la classe, hein, vieux !

Écrit par : Pascal Adam | 10/01/2013

Moi, je suis bien contente, que tu envisages de t'y "remettre". Tu finiras par y arriver. Les éditeurs, drôle de gens, qui éditent sans pudeur des mémoires de chanteuses sur le retour et de footeux analphabètes, mais qui renvoient souvent sans les lires les manuscrits d'inconnus.

Écrit par : Julie des Hauts | 12/01/2013

sans les lire, bien entendu, oublie ce "s" malencontreux.

Écrit par : Julie des Hauts | 12/01/2013

Devenez chanteuse sur le retour, ou footeux analphabète, Tanguy. That's the way !

Écrit par : Pascal Adam | 12/01/2013

Ah, ah, très drôle.

Écrit par : Julie des Hauts | 16/01/2013

- Fred & Fred : Mettez-vous d'accord, les gars !

- Sophie : Qui vous a dit que j'avais des copies en retard ? ... Merci.

- Pascal Laclasse : L'histoire du gars qui se remet dedans le temps d'un billet en forme de catalogue. Toujours ça que les boches n'auront pas.

- Julie : Merci mais j'ai pas dit ça. M'y suis remis le temps d'écrire ce billet. Je ne recherche pas ou plus à faire éditer des textes. Les refus m'ont au moins guéri de cela. Je m'interroge sur la pertinence d'écrire ou de me taire, plutôt. Le fait d'avoir écrit ce billet après une longue période de stérilité pouvant éventuellement me convaincre de m'y remettre. Le fait de devoir expliquer le sens de ce billet devant me convaincre de me taire encore un bon moment.

- Pascal : J'envisageais d'attendre le baptême pour devenir écrivain catholique. je crois qu'il n'y a plus grand monde sur le créneau. (Faudrait p't'être que j'bute Bobin...)

Écrit par : Tanguy | 12/01/2013

oh! Tanguy, moi qui attends de lire un livre de toi, ne désespère pas, je sais qu'il y a de quoi..pourtant je pense que tu as un certain langage et style, tout comme ton ami F.. qui a été aussi déçu
bon dimanche jos

Écrit par : jos | 13/01/2013

Elle voulait un souvenir différent.

Ça, c’était en Grèce, le premier jour. Elle était assise sur le balcon. La chambre donnait sur la mer. Maud portait un tee-shirt que je lui avais prêté. Elle avait eu la flemme de défaire sa valise. Déballer mon sac lui avait suffi. Je ne sais pas comment elle s’était débrouillée, mais elle était déjà bronzée. C’était l’époque où je ne la connaissais pas encore très bien. Je me souviens que ce soir-là, il y a eu un drame au restaurant. A côté de nous, un couple de Français s’est engueulé. « Ma femme est une putain» braillait le mari. Il disait cela comme s’il s’agissait d’un titre de film.


L’appartement que nous avions loué, un hiver, rue de la Faisanderie. Dans le fauteuil crapaud qu’elle avait recouvert de toile écrue, Maud feuillette un magazine féminin. Je n’aime pas sa jupe de cuir. Les invités n’allaient pas tarder. Elle s’impatientait : « Mon gigot.» Un extra[1] de chez Dalloyau piétinait dans la cuisine qu’il trouvait trop petite. Je crois que finalement le dîner a été réussi. Patrick de B. a raconté un tas d’histoires sur la Sardaigne.


Pieds nus, une serviette blanche nouée autour des aisselles, une brosse à cheveux dans la main, Maud éclate de rire devant le lavabo. A l’hôtel Porta Rossa de Florence, les salles de bains sont mieux que les chambres. 10-11-82, c’est inscrit au dos de la photo. Maud avait les cheveux très longs. Peut-être qu’à ce moment précis je rêvais un peu de mourir étouffé dans les cheveux de Maud. C’est bête, hein ?


Figueras[2] 33km, indique la borne kilomètrique, Maud est appuyée dessus. Elle ne regarde pas l’objectif. Elle boude parce qu’il ne fait pas assez chaud, en juin, à Cadaquès2. Au Rocamar, le concierge était saoul à longueur de journée. Il tirait les cartes aux rares clients. Il était Gémeaux – Maud aussi. La douche était détraquée. On allait se laver dans la chambre voisine qui était vide. Le matin, au bord de la piscine, je lisais Moby Dick en folio. A Barcelone, nous avions loué une 205 Peugeot. Rouge vif.


Ainsi, nous nous étions arrêtés à Aix (nous descendions sur la Côte d’Azur). Maud est à la terrasse des Deux-Garçons. Elle croise les jambes comme seules les filles savent le faire. Nous avions déjeuné chez Charvet. Après, Maud avait acheté une cassette de David Bowie, pour la voiture, et un Minox. Le Minox, j’étais contre. D’ailleurs, il n’a jamais marché. Bowie, la cassette a disparu quand on nous a volé l’autoradio, dans un parking. A Saint-Tropez, il a plu tout le temps.


La maison de Saint-Michel de Montaigne. Dans la salle à manger, Maud brandit ses lunettes de soleil. Elle écarte les bras. Le jour commençait. La photo n’est pas terrible. La nuit, Maud pleurait dans son lit. Elle prétendait que la maison était hantée. Du coup, ça me fichait la trouille. Nous devions y passer deux semaines. Nous sommes restés trois jours.


Maud avec sa mère, sur la terrasse de la villa que nous avons occupée trois étés de suite, en Sicile. Quelles vacances étaient-ce ? la date n’est pas marquée. Le soir tombe, elles rigolent et boivent du vin de Salina dans des verres en Pyrex. De profil, c’est fou ce qu’elles peuvent se ressembler. Maud sera comme ça, dans quelques années.


Un de ces vents, Maud est toute décoiffée. Sa jupe lui bat sur les jambes. La photo a été prise à Lisbonne, en haut de l’ascenseur construit par Eiffel. Le garde-fou est en fer forgé tarabiscoté. Au-dessus, des grillages montent très haut pour empêcher les gens de se jeter dans le vide. Depuis, le quartier alentour a brûlé. Plus tard, j’apprendrai que nous avions réservé une chambre dans l’hôtel où Truffaut[3] avait tourné La Peau douce.


La Sicile, de nouveau. Maud sort du bar del Porto. Elle a commandé un granité au citron. Son tee-shirt est griffé du n°5 de Chanel. Le lendemain, elle tombait malade. Un truc au ventre, on n’a jamais su au juste. C’est ma dernière photo d’elle. Pour une photo d’adieu, elle ne casse rien. Je ne pouvais pas prévoir.


Je n’ai pas de photo d’elle avec son type. Au début, je me demandais la tête qu’il avait. Elle, je ne l’ai pas revue depuis trois ans. De toute façon, il paraît qu’au bout d’un certain temps les Polaroïds s’effacent complètement.

Écrit par : fred | 15/01/2013

j'ai lu, j'ai bien aimé ce récit de souvenirs , mais ai-je bien compris ? merci beaucoup jos

Écrit par : jos | 16/01/2013

J'aime beaucoup aussi, c'est concis, élégant, un brin nostalgique, mais avec humour.

Je lis énormément, et parfois, je me demande ce qui a pris aux éditeurs de sortir des horreurs pareilles.

Écrit par : Julie des Hauts | 16/01/2013

C'est signé Eric Neuhoff.

Écrit par : fred | 16/01/2013

le lecture de ce texte nous tranporte en quelques secondes d'une région à une autre, joli texte, nostalgique à souhait bises

Écrit par : jos | 16/01/2013

- Fred :
Je suis très content que ce ne soit pas de toi, mon vieux !

- Jos :
Je n'aime guère Neuhoff et tous ces prétendus néo-hussards sur le retour, ce texte ne me fait pas changer d'avis.

Écrit par : Tanguy | 20/01/2013

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