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04/11/2013

Bernanos (sais plus s'il a eu l'Goncourt, lui...)

Extrait du Journal d'un curé de campagne, de Bernanos, ouvrage maintes fois commencé et qu'il me semble pouvoir lire, cette fois. Le curé de Torcy y fait parler Jésus :

"L'or dont vous faites tous tant de cas est-il autre chose qu'une illusion, qu'un songe, et parfois seulement la promesse d'un songe ? La pauvreté pèse lourd dans les balances de mon Père Céleste, et tous vos trésors de fumée n'équilibreront pas les plateaux. Il y aura toujours des pauvres parmi vous, pour cette raison qu'il y aura toujours des riches, c'est-à-dire des hommes avides et durs qui recherchent moins la possession que la puissance. De ces hommes, il en est parmi les pauvres comme parmi les riches et le misérable qui cuve au ruisseau son ivresse est peut-être plein des mêmes rêves que César endormi sous ses courtines de pourpre. Riches ou pauvres, regardez-vous donc plutôt dans la pauvreté comme dans un miroir, car elle est l'image de votre déception fondamentale, elle garde ici-bas la place du Paradis perdu, elle est le vide de vos cœurs, de vos mains. Je ne l'ai placée aussi haut, épousée, couronnée, que parce que votre malice m'est connue. Si j'avais permis que vous la considériez en ennemie, ou seulement en étrangère, si je vous avais laissé l'espoir de la chasser un jour du monde, j'aurais du même coup condamné les faibles. Car les faibles vous seront toujours un fardeau insupportable, un poids mort que vos civilisations orgueilleuses se repassent l'une à l'autre, avec colère et dégoût. J'ai mis mon signe sur leur front, et vous n'osez plus les approcher qu'en rampant, vous dévorez la brebis perdue, vous n'oserez plus jamais vous attaquer au troupeau. Que mon bras s'écarte un moment, l'esclavage que je hais ressusciterait de lui-même, sous un nom ou sous un autre, car votre loi tient ses comptes en règle, et le faible n'a rien à donner que sa peau."

Georges BERNANOS, Journal d'un curé de campagne (Poche, p.59)

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