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09/01/2015

La vie défaite

Je me demandais pourquoi je ne supporte pas ces pleurnichards à stylo levé qu'on voit pouloper place de la République.

Ils ne vous font pas penser à ces mecs en costume qui vous achètent un bouquet à leur petite femme après l'avoir trompée ?

 

J'irai peut-être manifester quand même dimanche. Je ne suis pas Charlie, je ne l'ai, je crois, jamais acheté, encore moins lu. Dans une autre vie je lisais chaque mercredi le Canard qu'achetait mon père, puis je l'ai acheté chaque semaine, avant d'arrêter lassé des bavardages de cabinet, pour le prendre à nouveau lors de l'affaire Lepaon. Ces articles m'emmerdent tous un peu, mais les caricatures m'amusent souvent.

J'ai toujours aimé le trait de Cabu, moins son beauf, la vulgarité voulue du nouveau beauf. Les autres dessinateurs, exception faite de Wolinski que j'ai jamais pu encadrer, je ne les connaissais pas, comme ce pauvre gars de la sodexo, ces deux flics, l'agent municipal de 20 ans costumée en fliquette abattue de dos ce matin.

 

Ce midi à l'occasion de la minute Belkacem, dans une classe de 5èmes chtarbés, j'ai dû virer la doublante semi-débile d'origine maghrébine, épingler un excité footeux raté au crâne spiralé d'origine africaine, faire de la pédagogie pour ceux qui restaient et m'interpelaient en toute bonne foi sur le climat anti-musulman et la Palestine, les enfants de Gaza pour qui les minutes filent bruyamment.

 

L'aprèm avec les camarades, constater notre dénuement idéologique, notre lâcheté même parfois. Leur dire que cet échec politique et ce désastre éducatif est d'abord le nôtre, comme enseignants, éducateurs, et militants tout cartouchés de défaites.

 

Partir le soir enfin, rassurer des parents de 3è qu'atterre l'orthographe de leurs asticots. Ou qui me supplient d'obliger leur môme à lire plus de livres.

 

La vie est belle, la vie est belle.

Commentaires

Cher tanguy, voici l'extrait de ferdydurke dont je vous ai parlé :
"Un grand poète ! Rappelez-vous cela, c'est important. Pourquoi l'aimons-nous ? Parce que c'était un grand poète C'était un poète plein de grandeur ! Ignorants, paresseux, je vous le dis avec patience, enfoncez-vous bien cela dans la tête, je vais vous le répéter encore une fois, Messieurs : un grand poète, Jules Slowacki, grand poète, nous aimons Jules Slowacki et sommes enthousiasmés par sa poésie parce que c'était un grand poète.
Veuillez prendre note de ce sujet pour un devoir à faire à la maison : « Pourquoi les poésies de Jules Slowacki, ce grand poète, contiennent-elles une beauté immortelle qui éveille l'enthousiasme ? »
À cet endroit du cours, un des élèves se tortilla nerveusement et gémit :
Mais puisque moi je ne m'enthousiasme pas du tout ! Je ne suis pas du tout enthousiasmé ! Ca ne m'intéresse pas ! Je ne peux pas en lire plus de deux strophes, et même ça, ça ne m'intéresse pas. Mon Dieu, comment est-ce que ça pourrait m'enthousiasmer puisque ça ne m'enthousiasme pas ? Il se rassit, les yeux exorbités, comme s'il sombrait dans un abîme. Devant sa confession naïve, le maître faillit s'étrangler.
- Pas si fort, par pitié ! siffla-t-il. Galkiewicz, vous serez collé. Vous voulez ma perte ? Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous dites ?
- Mais je ne peux pas comprendre, moi ! Je ne peux pas comprendre comment ça m'enthousiasme si ça ne m'enthousiasme pas ! (...)
- LE PROFESSEUR : Galkiewicz, j'ai une femme et un enfant ! Ayez au moins pitié de l'enfant ! Il ne fait aucun doute, Galkiewicz, que la grande poésie doit nous enthousiasmer. (...) Le professeur suait à grosses gouttes. Sortant de son portefeuille une photo de sa femme et de son enfant, il essaya d'émouvoir Galkiewicz, mais celui-ci se bornait à répéter : - Je ne peux pas, je ne peux pas. Ce fatal « Je ne peux pas » se propageait, se développait, devenait contagieux, on entendit quelques « Nous ne pouvons pas non plus » et l'on retrouva la menace d'une impuissance générale. Le professeur se voyait dans une terrible impasse. A chaque seconde risquait de se produire une explosion... d'impuissance, à chaque moment risquait d'éclater un rugissement de dégoût qui parviendrait aux oreilles du directeur et de l'inspecteur, à chaque instant le bâtiment risquait de s'effondrer en ensevelissant l'enfant sous ses décombres, mais Galkiewicz ne pouvait pas, il ne pouvait justement pas, il continuait à ne pas pouvoir. »" (chapitre 2)

Écrit par : fred | 01/02/2015

Ah ah ah! Merci Fred.

C'est vrai que pour l'instant on a encore la liberté de choisir les oeuvres et les textes qu'on étudie, que l'on fait étudier. Et même comme ça il arrive que l'on ait du mal à y croire, au détour d'un cours un peu trop bâclé...

Écrit par : tanguy | 14/02/2015

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