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03/01/2014

Le silence de Verdun, par E. M. Remarque

Je copie ci-dessous un passage d'une belle nouvelle de l'auteur du roman A l'Ouest rien de nouveau, E. M. REMARQUE, intitulée "Silence".

Dans les jours qui viendront j'aurai l'occasion, je l'espère, de copier également de larges extraits de Ceux de 14 de Maurice GENEVOIX, belle et émouvante lecture de ces derniers jours.

 

Un extrait de "Silence", donc :

 

"Ce n'est pas le caractère particulier de cette belle et effrayante région, qui a toujours été un champ de bataille, et où pendant des siècles la guerre a déposé ses alluvions, comme les strates distinctes d'une roche, sédiment après sédiment, couche après couche, guerre après guerre, encore discernables aujourd'hui, depuis les combats des rois de France jusqu'aux tranchées de Mars-la-Tour et aux cimetières compacts de Douaumont.

Ce n'est pas davantage l'âme mystérieuse et double de cette terre, où les douces lignes bleues à l'horizon n'annoncent pas simplement des collines et des bois, mais des forts cachés ; les sommets arrondis qui les précèdent, non seulement des chaînes de coteaux, mais de puissantes hauteurs fortifiées ; où les vallées idylliques servent aussi de retranchements, vallées de la mort, points de jonction, approches de la bataille ; où les tertres, truffés de magasin et de tunnels, dissimulent des affûts en béton et des nids de mitrailleuses ; car tout y est devenu stratégie. Stratégie et tombeaux.

C'est le silence. L'horrible silence de Verdun. Le silence qui suit la bataille. Un silence sans pareil au monde ; car jusque-là, dans toutes les luttes, la nature avait fini par reprendre le dessus ; la vie renaissait de la destruction, les villes se reconstruisaient, les bois reverdissaient, et au bout de quelques mois, de nouveaux épis ondulaient dans les champs. Mais dans la dernière et la plus féroce des guerres, la destruction l'a emporté pour la première fois. Ici se dressaient des villages rasés à jamais ; des villages dont il ne reste plus une seule pierre. Le sol y est toujours si plein de mort menaçante, d'explosifs vivants, d'obus, de mines et de gaz toxiques, qu'à chaque coup de pioche ou de bêche, le danger guette. Ici s'élevaient des arbres qui n'ont jamais repoussé, parce que non seulement leurs cimes et leurs troncs, mais aussi leurs racines les plus profondes ont été arrachés, broyés, et réduits en miettes. Il y avait des champs où la charrue ne passera plus jamais parce qu'ils regorgent de semailles d'acier."

Erich Maria REMARQUE, "Silence", in L'Ennemi

Recueil de nouvelles traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Frédérique CAMPBELL-NATHAN.

01/01/2014

Seule et entourée

C'est comme ça qu'elle a vécu, et c'est comme ça que notre tante est morte : seule et entourée.

Elle aurait pu être plus entourée, et je ne dis pas cela pour nous excuser, tous, mais je suis certain qu'elle n'aurait pas été moins seule.

Le reste n'a pas grande importance. Sinon que des paroles ont été prononcées pour Colette, et je pense que c'était des paroles importantes.

Mais on ne peut pas savoir. Avec les mots aussi on est toujours seul et entouré.

08/12/2013

Septentrion

"Toutes les photos sont dans le tiroir. Munitions du souvenir. Sans elles on ne pourrait pas croire que c'est arrivé."

Louis CALAFERTE, Septentrion, 1963 (Folio, p. 86)

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Déjà commencé ce roman il y a quelques années, je l'avais abandonné. Je l'ai donc repris, j'en reparlerai sans doute, quand j'aurai terminé ma lecture.

En attendant, que le très court extrait ci-dessus ne trompe personne : c'est d'abord un roman violent, à l'image du monde, un roman qui n'occulte ni la lutte des classes, ni celle des sexes.

Accessoirement, un peu autre chose que Houellebecq, Sollers et compagnie.